Aly Keïta

Mali

Aly Keïta

Aly Keïta a grandi au milieu d’instruments traditionnels tels que le djembé et la kora. Mais son instrument de prédilection deviendra le balafon qu’il construira très jeune de ses propres mains. Des virtuoses du balafon comme Aly, on en compte peu, capable de jouer toutes les musiques avec tous les musiciens de la planète. Et il ne s’en prive pas : il a joué avec Omar Sosa, Rhoda Scott, Etienne M'Bappé, Paolo Fresu, Paco Séry, Trilok Gurtu, Joe Zawinul, Tiken Jah Fakoly, Amadou & Mariam,... En novembre 2008, Aly avait constitué un 5tet composé de Dobet Gnahoré (chant), Boris Tchango (batterie), Clive Govinden (basse) et Pierre Vaiana (saxophone), pour jouer les thèmes de son premier album solo "Akwaba Iniséné". Il aime aussi se produire en solo pour une magistrale démonstration de son immense talent.


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  • Aly Keita est celui qui fait parler les lamelles de bois, qui fait résonner les calebasses, qui fait chanter les harmoniques. Il est l’orfèvre dont les mains tracent des schémas improbables dans l’air sans qu’on se rende compte qu’elles font continuellement choir les maillets de bois au bon endroit. Avec vitesse, précision, douceur, efficacité mais aussi avec une force contenue mais surprenante. Aly jongle avec les maillets qui relient ses mains à son balafon tant et si bien qu’on ne sait si l’instrument ne lui relance pas lui-même ces deux pièces de bois qui lui caressent l’échine. Même s’il joue une pièce lente, tout semble rebondir entre le musicien et le xylophone ; tout semble se conjuguer rapidement, facilement, dans un dialogue entre eux, quelque chose qui leur appartient, qui les unit dans une étreinte d’une sensualité rare. Et les notes de cette musique charnelle nous éclaboussent une à une en cataractes sauvages ou en pluies fines.

    Il y a chez Aly Keita toute la maîtrise du claviériste autant que celle du percussionniste. Il frappe, il titille, il frôle, il percute, il martèle, il cajole, il flatte ses lamelles de bois, connaissant la place de chacune comme un berger connaît chacune de ses brebis. Il n’a pas à regarder son jeu, il le vit, il le respire et son balafon lui renvoie son souffle, puissant, coloré, chatoyant, emplissant l’air que les bras d’Aly traversent avec volupté, pour toujours redonner la parole à l’instrument. Ca sonne et ça résonne, ça vibre et ça crépite, les notes se suivent et tissent des mélodies infiniment musicales qui semblent s’épanouir sur un lit de basses et de rythmes venus des entrailles du balafon. Et quand Aly Keita caresse cet ancestral piano, c’est comme s’il jouait sur du cristal. On entend le bois gémir sa note et la laisser courir tel un frisson le long de son corps puis descendre vibrer au fond de la calebasse qui l’épouse.

    Aly Keita est né et a vécu en Côte d’Ivoire mais il est d’origine malienne. Son père était lui-même balafoniste. Il apprendra vite cet instrument terriblement emblématique de sa culture. Le balafon est en effet un des instruments majeurs de la culture mandingue, il véhicule au plus profond de lui-même les secrets de l’histoire d’un ancien empire, il sert aux griots de cet univers pour en raconter l’épopée. Il donne aux musiciens d’aujourd’hui un contact quasi sacré avec la tradition. Aly en fait l’outil de son expression. Au même titre qu’un chanteur qui utilise son écriture pour chanter ce qu’il désire transmettre, Aly confie à son balafon ses réflexions sur le monde et c’est la musique qui parle, qui suggère, qui évoque. Chaque pièce devient une chanson dont les notes disent les hommages que le musicien rend à son père, à son maître Kélitigui Diabaté, aux orphelins, aux Mandingues. Mais Aly confie aussi à son clavier frappé le soin de nous dire qu’il faut respecter la nature, l’amour, la parole des uns et des autres et les espoirs indispensables de la vie.

    Aly Keita est connu dans le monde entier. Sa musique est sans frontières, son appétit musical sans limites, son amitié est communicative, et nombreux sont les musiciens qui désirent échanger avec lui. On l’a vu ou entendu aux côtés de Dhruba Ghosh, Omar Sosa, Paolo Fresu, Trilok Gurtu, Joe Zawinul, Dobet Gnahoré, Pierre Vaiana, Majid Bekkas, Rhoda Scott, Luis Winsberg, et beaucoup d’autres. On parle de collaboration avec Jan Garbarek…

    Mais il manquait un plaisir intense, une expérience forte : voir Aly Keita en solo. Goûter ce son, se plonger dans ces cascades de notes rebondissantes, voir cet homme orchestre officiant seul avec son double, le balafon. C’est enfin possible et c’est indispensable.

    Etienne Bours