Mwezi WaQ

Comoros

Mwezi WaQ

Mwezi WaQ. - Chants de lune et d'espérance

Une création de Soeuf Elbadawi

Mwezi WaQ. rend hommage à une tradition de musique populaire, forgée dans l’urgence et la nécessité. L’album, intitulé "chant de lune et d’espérance", revisite le patrimoine d’un peuple, en l’ancrant davantage dans une réalité contemporaine. Il y avait le désir, au départ, de converser avec un passé musical, de l’interroger dans le sens du dépassement, et d’imaginer un renouvellement possible des formes. Un travail de mémoire et de création, en somme.

L’aventure prend sens dans un contexte de vie, où les artistes, fragilisés par la machine économique, se détournent des sonorités de l’enfance, épousant le marché et les tendances ; à un moment, surtout, où la répétition des mêmes motifs d’une musique standardisée à la mode donnent à tous cette impression d’un épuisement des répertoires. A quelques exceptions près, les Comores, pays au legs musical pourtant riche, situé au carrefour des influences arabes, perses, africaines, indiennes, européennes, ont parfois beaucoup de mal à trouver leur place dans la sono mondiale.

Dialoguer avec des publics peu portés sur les interrogations à territoire limité des patrimoines en perdition n’est pas chose aisée. Alors , les artistes abdiquent, souvent, et ne cherchent plus à surprendre. Avec Mwezi WaQ., nous supposons, pour notre part, que l’ancrage d’une musique en son territoire d’émergence est ce qui fonde, en premier lieu, la relation avec les publics, quels qu’ils soient. L’idée du concert est née de ce rapide constat.

http://muzdalifahouse.wordpress.com/2014/09/15/le-pari-de-mwezi-waq-en-14/
  • "Mwezi WaQ. est un projet imaginé dans un pays, les Comores, où la création, musicale entre autres, a eu pour ambition principale de répondre à une nécessité de vie. Ces îles ne se la représentaient d’ailleurs pas comme un univers de métiers et d’argent, mais plutôt comme un ferment de société. Il n’y existait guère de corporation d’artistes, jusqu’à une date très récente. Tout habitant de l’archipel pouvait prétendre au statut de mbandzi (1), du moment où l’oeuvre commise par lui contribuait au vivre-ensemble.

    Aujourd’hui, nombre d’artistes - le mot a fait son entrée dans le paysage - s’interroge sur la réalité d’une production, s’inscrivant volontiers dans un marché, où l’on négocie son existence en termes de reconnaissance médiatique, de contrats de tournée ou encore de signature en maison de disque. Une situation nouvelle qui amène à réfléchir sur la disparition programmée d’une partie du patrimoine. Car les artistes du moment, en voulant se mettre en phase avec le monde alentour, se sont quelques peu détournés du legs, allant jusqu’à épouser, de façon mimétique, les tendances les plus à la mode, à l’international. Tendances qui ont eu pour effet d’appauvrir certains répertoires en musique, qui n’ont plus eu leur raison d’être en cette société depuis.

    Réfléchir à ce phénomène à travers lequel les pratiques anciennes et les formes du legs perdent de leur intérêt aux yeux des miens a fait de moi un producteur. Avec trois premiers disques, dédiés à ce patrimoine, chez Buda Musique à Paris (2). Les mêmes raisons m’ont fait publier un texte de Damir Ben Ali, historien et anthropologue, sur les rapports entre musique et société dans la tradition comorienne aux éditions Komedit (3), éditeur avec qui nous travaillons actuellement, à la sortie d’un ouvrage sur le twarab, une musique populaire aujourd’hui menacée dans l’archipel. Parallèlement à ce travail, je me suis retrouvé, malgré moi, au centre d’un projet que je suggérais, il y a deux ans, à des musiciens aguerris : Mwezi WaQ.

    Un projet de ré-interrogation du legs, qui reçut une distinction (mention "mémoire vivante") de l’académie Charles Cros en 2013, sous sa forme discographique (4). Un opus rassemblant des musiciens, tous différents les uns des autres dans leur logique de création, pour un hommage inédit au patrimoine. Un fait rare dans l’histoire des musiques actuelles aux Comores. Avec treize chansons qui se nourrissent du legs, tout en inscrivant leur propos dans l’époque. Un projet, dont nous essayons, à présent, de prolonger l’esprit sur une scène, dans l’idée de le partager avec un plus large public. Nous en sommes encore au stade d’une recherche de forme. Comment l’incarner, au plus près, sans en trahir le souffle, qui le portait, initialement ?

    Nous souhaitons aborder ce travail avec une formation légère, habitée par le désir de réécrire des chansons, certes composées dans l’urgence, mais à qui l’on redonnerait pleinement vie et sens sur un plateau. Quatre interprètes, deux guitares, un percussionniste et une voix principale, reprenant l’ensemble de ce répertoire sensiblement éclaté, mais racontant la même histoire. Celle d’un peuple se survivant à lui-même, à ses démons, en gardant une main tendue vers l’ailleurs, sans se perdre, jamais, dans le mimétisme, ni se morfondre, dans le repli. Nous voyons Mwezi Waq. comme l’esquisse d’un poème s’adressant au monde depuis cet archipel de lune, d’où nous parlons. C’est aussi l’histoire d’une recherche, sur ce qui nous porte en musique."

    Soeuf Elbadawi

    (1) Poète ou créateur. Terme utilisé pour qualifier tout auteur d’une oeuvre de création.
    (2) L’un de ses premiers albums, réalisé avec l’une des plus belles voix du pays, Zaïnaba, et consacrés aux chants traditionnels de femmes, reçut un coup de coeur de l’académie Charles Cros en 2005.
    (3) "Musique et société aux Comores", 2005.
    (4) Album également disponible chez Buda Musique.

  • LineUp FR:

    Soeuf Elbadawi : chant, mise en scène
    Guitare
    Guitare, basse
    Percussions

Albums

Mwezi WaQ.